Comment la surf-thérapie redonne accès à la mer ?
- luis72233
- il y a 2 jours
- 6 min de lecture

Photographie de Panasea (Facebook) L’accès à l’océan, un privilège à 15 minutes de chez soi
En juillet 2025, Paris a rouvert la baignade dans la Seine. Derrière l’image forte de Parisiens se jetant dans le fleuve, c’est une question de société qui se pose : comment garantir à toutes et tous l’accès à l’eau, au cœur même de la ville ? Entre justice sociale, enjeux environnementaux et sécurité sanitaire, l’initiative rappelle que les ressources naturelles ne sont pas aussi accessibles qu’on pourrait le croire.
Respirer un air pur, se promener en forêt ou se baigner dans la mer : ces expériences paraissent universelles, mais ne le sont pas. Comme pour la santé, l’éducation ou le logement, il existe aussi des inégalités d’accès à la nature.
Au Pays basque français, cette réalité saute aux yeux. Malgré la proximité immédiate de l’océan et l’image touristique d’une région tournée vers la mer, certaines personnes qui vivent à seulement quelques kilomètres du littoral n’y vont jamais. C’est pour répondre à ce paradoxe, et à la problématique grandissante autour de la santé mentale, que Panasea, association de surf-thérapie au Pays-Basque, a créé un programme offrant à des adultes en situation de vulnérabilité la possibilité de découvrir, enfin, les bienfaits de l’océan à travers le surf.
C'est exactement ce type d'initiatives qu'Iniciativas Regenerativas cherche à documenter et à mettre en lumière : des pratiques où le sport est un outil de soin, d'inclusion et de reconnexion au vivant. La surf-thérapie portée par Panasea en est un exemple concret.
1. Pourquoi, même à 15 minutes de la mer, certain.es n’y ont jamais accès ?
Panasea ne donne pas des cours de surf au sens classique. L’association utilise l’océan comme support thérapeutique pour accompagner des adultes fragilisés par l’isolement, la précarité ou des troubles psychiques. Ses programmes offrent un espace de reconstruction et favorisent le bien-être physique et mental à travers la connexion avec l’océan.
Pour cela, Panasea travaille main dans la main avec des structures partenaires : associations d’aide aux femmes victimes de violences, services hospitaliers qui accompagnent des patientes en traitement de cancer, ou encore centres d’hébergement pour personnes en grande précarité sociale.
Mais dans une région comme la côte basque française, réputée pour ses plages et son attractivité touristique, un paradoxe subsiste : une partie de la population locale ne met jamais les pieds dans l’océan. Comme le rappelle Marie, fondatrice de l’association :
« …il y a beaucoup de personnes qui vivent au bord de l’océan, donc à 10–15 minutes à Bayonne ou même un peu plus dans les terres, qui ne vont jamais, qui n’ont pas accès à l’océan. (...) Il y a plusieurs freins : économiques, de mobilité, culturels, éducatifs, de santé, financiers. On fait l'intermédiaire en fait, on crée l'espace pour qu’elles se sentent incluses et qu’elles puissent bénéficier des bienfaits de l’océan, de la nature et du lien social »
Ces obstacles sont nombreux : coût du matériel ou du transport, manque de moyens de mobilité, représentations culturelles, qui font de la mer un espace réservé à certains groupes sociaux, contraintes de santé ou encore priorités financières dans des situations de grande précarité. Autant de barrières invisibles qui traduisent, au quotidien, des inégalités sociales face à l’accès aux espaces naturels.
En créant un cadre inclusif, l’association permet à des personnes éloignées de l’océan de découvrir les bienfaits du contact avec l’eau, la nature et le collectif, et contribue ainsi à réduire des inégalités trop souvent ignorées.
2. Comment la surf-thérapie ouvre-t-elle de nouvelles possibilités thérapeutiques ?
Chez Panasea, les programmes de surf-thérapie sont accessibles de deux façons : certaines personnes sont orientées par des associations, des services sociaux ou des structures de santé, tandis que d’autres s’inscrivent directement. Cette double entrée permet de répondre aux besoins repérés par des professionnels, mais aussi d’accueillir celles et ceux qui cherchent par eux-mêmes un espace pour se ressourcer à travers une approche de sport thérapeutique fondée sur l’inclusion et le lien collectif.
Chaque session dure environ deux heures et suit un déroulé précis. Tout commence par un temps collectif : un cercle de bienvenue, une “météo intérieure” où chacun exprime son état du moment, parfois un petit rituel comme manipuler des galets. Vient ensuite un moment de respiration et de connexion avec l’océan pour « juste aller toucher l’eau », décrit Marie. Puis la séance s’articule autour d’exercices progressifs liés à un thème choisi : la peur, le stress ou les blocages quand les vagues sont fortes ; l’équilibre et la confiance quand la mer est calme. Les groupes restent volontairement très réduits, avec six participants maximum pour trois à quatre encadrants, afin que chacun bénéficie d’un accompagnement personnalisé.
Tout cela va bien au-delà d’une activité sportive. Panasea crée une véritable expérience de soin, de confiance et de lien collectif. Dans ce cadre, l’océan n’est pas un lieu de loisirs, mais un espace de reconstruction. Une approche encore peu connue en France, qui invite à repenser la santé de manière plus inclusive, en y intégrant le corps, le mental, le lien social et la relation à la nature.
3. Et si l’océan devenait une véritable ressource de santé pour tous et toutes grâce au surf ?
Chez Panasea, on ne vient pas “apprendre à surfer”. Les programmes vont bien plus loin : ils associent les bienfaits de l’océan sur la santé mentale à un cadre sécurisant et à la force du collectif. L’objectif n’est pas la performance, mais le mieux-être. Cette approche, encore émergente en France, invite à repenser la santé dans toutes ses dimensions : physique, mentale, sociale et environnementale.
Lors de notre entretien, Marie a souligné les effets les plus marquants : une meilleure estime de soi, plus d’espoir en l’avenir, une confiance retrouvée et un vrai lien social. Les séances apportent à la fois apaisement et énergie, grâce à ce mélange unique :
« La surf-thérapie, pourquoi ça marche ? C’est 50 % la magie de l’océan et les bienfaits de l’eau, et 50 % le cadre que l’on met autour et le lien social qui se crée dans le groupe. »
Au-delà des résultats déjà obtenus, Panasea garde plusieurs pistes en tête pour l’avenir :
Comment adapter ses missions à la saison estivale ? L’été, les conditions sont parfaites pour la baignade, mais l’afflux touristique rend tout beaucoup plus compliqué (routes saturées, parkings payants, plages bondées) et donc impossible ?
Et la qualité de l’eau ? C’est un sujet récurrent : après les pluies, la pollution oblige parfois à annuler les séances, tout comme la présence ponctuelle d’algues ou de méduses microscopiques.
Qu’en est-il du financement ? Comme pour beaucoup d’associations, trouver des ressources stables reste essentiel pour faire durer et grandir les programmes.
Quelle place pour l’environnement ? Aujourd’hui, les sessions incluent déjà des écogestes et des messages de sensibilisation. Demain, l’idée serait d’aller plus loin, en créant de vrais partenariats avec des acteurs locaux de protection de l’océan.
Et à qui s’adresser demain ? L’ouverture aux adolescents reste une piste forte, à explorer dès que les conditions seront réunies, face à la montée préoccupante des troubles psychiques chez les jeunes.
Quoiqu’il en soit, Panasea porte une conviction forte : l’océan est une véritable ressource de santé publique, capable d’agir à la fois sur le bien-être individuel, le lien social et la conscience écologique.
Vers une santé régénérative
On oublie souvent que l’océan n’est pas seulement un espace de loisirs ou un décor de carte postale. C’est pourtant une ressource vivante, capable d’agir sur la santé, le bien-être et le lien social. Ceci étant, cette ressource n’a de valeur que si elle est réellement accessible à toutes et à tous. Dans une région comme le Pays basque, où l’image de la mer est omniprésente, il est frappant de constater que certains habitants vivent à quelques kilomètres du littoral sans jamais y mettre les pieds.
C’est à partir de ce paradoxe que Panasea construit son action. Ses programmes de surf-thérapie rappellent qu’il ne s’agit pas d’apprendre à “bien surfer”, mais de se reconnecter à soi, aux autres et à l’environnement grâce à un cadre sécurisant et inclusif. Cette démarche s’inscrit dans ce que les chercheurs appellent le “Blue Mind”, cet état de calme et de clarté mentale que l’on ressent au contact de l’eau.
Les bénéfices sont désormais documentés : diminution du stress, regain d’énergie, amélioration de la concentration et du lien social.En rendant cette expérience accessible à des personnes qui en étaient exclues, Panasea ouvre une voie pour penser la santé autrement : non plus enfermée dans les murs d’un hôpital, ou liée à une simple activité physique, mais régénérative et ancrée dans la nature.
La question est donc plus large que le Pays basque : comment rendre l’océan aux humains tout en le respectant comme une ressource commune, à protéger autant qu’à partager ? Derrière cette vision se dessine un horizon plus large : une santé qui relie le corps, le collectif et l’environnement.


Commentaires